Rejoindre la mèche
L’engagement est au coeur de leur activité. Ces femmes et ces hommes s’inspirent du monde pour agir autrement et durablement, et faire de leur environnement une voie d’expression, de créativité, d’innovation ou encore de solidarité. Finance, culture, artisanat, industrie ou médias sont autant de domaines incarnés par ces personnalités, qui ont accepté d’être de mèche avec nous le temps d’une rencontre pour partager leur univers.

Benjamin est Lillois d’origine et Genevois d’adoption. Après 12 ans passés au sein des services achat et commercial d’une multinationale suisse, Benjamin a écouté son envie d’entreprendre pour créer Clother, une boutique en ligne de mode éco-responsable, avec une idée en tête : convaincre le plus grand nombre de changer leurs habitudes de consommation, en proposant des vêtements durables et une expérience client facile, pour une mode plus sobre.
Les vêtements sont confectionnés au plus près de la Suisse dans un rayon n’excédant pas les 1’500 km à l’aide de matières durables, recyclées ou upcyclées et sont acheminées auprès du client grâce à une logistique circulaire. Sans oublier les bons conseils et les astuces proposées régulièrement à travers sa newsletter et ses réseaux sociaux par la marque, très utiles! 

Bonjour Benjamin, qui êtes-vous et que faites-vous dans la vie?
Bonjour je m’appelle Benjamin Lecrivain, je suis le fondateur de Clother, qui est une nouvelle plateforme de vente en ligne de vêtements éco-responsables en Suisse. 
Pourquoi avoir choisi ce domaine d’activité?
A la base ce n’est pas du tout mon domaine, tout est parti d’une volonté d’entreprendre avec une idée qui avait du sens d’un point de vue environnemental. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi les vêtements car à titre personnel, en tant que consommateur, j’ai réalisé que lorsque je voulais acheter des vêtements durables sans avoir la crainte de tomber dans du greenwashing, il existait très peu de solutions accessibles, pratiques et faciles en Suisse, et en Suisse romande en particulier. J’ai aussi réalisé que le peu de solutions qui existaient déjà faisaient un joli travail sur la proposition éco-responsable mais que la notion de service, de praticité, de facilité et d’expérience client·e n’était pas toujours au coeur de leur démarche.
Je suis persuadé que si l’on veut convaincre le plus plus grand nombre de passer à une consommation plus sobre, plus durable, notamment dans les vêtements, cela passe aussi par une expérience client·e la plus pratique et la plus confortable possible parce qu’aujourd’hui nous sommes déjà habitués à cette expérience avec les grands sites tels que Zalando ou Amazon pour ne citer qu’eux.
Donc faire en sorte que l’achat en ligne éco-responsable soit facile, rapide et pratique est important pour casser les barrières et faire venir le plus de gens vers une mode durable. 

 

Comment est venu chez vous ce désir d’engagement? Quel a été le déclic? 
Ce n’est pas un déclic, c’est plutôt un cheminement personnel. D’année en année les différentes informations que l’on reçoit de part et d’autre, par les médias, par ce qu’on lit concernant le dérèglement climatique, concernant notre façon de consommer qui a un impact considérable sur l’environnement. Que ce soit les rapports du GIEC, que ce soit le World Economic Forum qui annonce le dérèglement climatique comme un risque majeur d’un point de vue économique, ou encore l’ONU qui rapporte que nous sommes sur une trajectoire de réchauffement de +2,7 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. Tous les signaux sont au rouge et cela fait plusieurs années.
En ce qui me concerne c’est une prise de conscience qui ne s’est pas faite du jour au lendemain mais dans le temps, avec des questionnements par rapport à mon mode de vie, aux façons de vivre différemment, plus sobrement. Ca s’est ensuite couplé avec mon envie d’entreprendre pour finalement essayer d’être acteur et de proposer une solution, humblement, pour accompagner des gens vers une consommation plus sobre.
La mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde et on ne le perçoit pas forcément, on se dit que les vêtements c’est petit ça ne prend pas de place et on fait très peu attention à leur provenance et à la façon dont ils sont fabriqués alors que cela a un impact assez énorme sur l’empreinte carbone individuelle. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour accompagner un mouvement durable dans ce secteur. 
Et dans cette aventure d’entreprenariat à impact dans laquelle vous vous êtes lancé, quels sont les enjeux auxquels vous êtes confronté, quels sont les défis que vous avez à affronter?
Le premier défi ça a été de me convaincre moi-même que j’avais une idée qui méritait d’être lancée et de me dire que cela valait le coup de tenter et de quitter une vie confortable et facile d’employé dans une grande entreprise, pour agir. Ca a été vraiment le premier défi, qui est maintenant loin derrière moi.
Un autre défi est celui de réaliser que lorsqu’on se lance dans une telle aventure le spectre des choses sur lesquelles on a la main est très vaste et on a en effet une sensation de liberté et en même temps on se rend compte qu’il faut faire énormément de choses et qu’on n’a pas forcément toujours les compétences au maximum pour pouvoir les gérer.
Donc il faut apprendre à apprendre, écouter, se renseigner et apprendre de ses erreurs évidemment pour cheminer avec cette idée et lui donner naissance.
 
Et par rapport à vos premiers client·es que vous découvrez, quelle est leur réceptivité de votre concept et de vos services? Est-ce que vous sentez qu’il y a un vrai appétit pour des solutions comme la vôtre? 
Les retours sont très positifs pour le moment de manière générale. Les client·es apprécient plusieurs choses:
-La première chose c’est d’arriver sur un site où ils se disent « je sais que le travail a été fait dans la sélection des marques qui sont proposées et donc je n’ai pas trop à me casser la tête sur le fait de savoir si les vêtements proposés sont vraiment durables et ont une empreinte carbone réduite ».
-La deuxième chose c’est de découvrir des marques qu’ils ne connaissent pas, parce qu’elles sont peu distribuées.
-Ce qui plaît beaucoup aussi c’est la cohérence dans l’approche, dans l’offre et dans les services qui sont proposés. En effet l’offre éco-responsable ne se limite pas aux vêtements qui sont proposés mais porte aussi sur le mode de livraison, sur le fait que nous ayons décidé d’utiliser des packaging réutilisables, donc circulaires. Les client·es n’ont pas à jeter du carton ou du plastique, au contraire ils reçoivent un paquet qu’ils nous renvoient après la livraison grâce au port prépayé pour que l’on puisse le réutiliser encore et encore. L’idée est de passer d’un modèle linéaire de création de déchets à un modèle circulaire et cela plaît énormément parce qu’ils se disent qu’il y a une vraie démarche et que ce n’est pas juste une vitrine pseudo éco-responsable qui surfe sur une tendance mais qu’il y a un vrai travail de fond dans la réflexion et dans la mise en place.
-Je me suis aussi beaucoup concentré depuis le début sur le contact, la proximité avec les client·es, la réactivité pour répondre rapidement à leurs demandes et à leurs besoins.

La chance d’être une petite structure c’est qu’on n’offre pas une expérience impersonnelle comme certains mastodontes de la distribution. 

Et le service, qui est tout de même assez unique, de proposer aux client·es de payer une fois qu’il·elle·s ont essayé? D’où vous est venue cette idée?
Je parlais un peu plus tôt de la notion de service et d’expérience client·e, qui est aussi au coeur de la proposition de Clother: c’est vraiment une offre éco-responsable avec une expérience client·e la plus confortable possible, ce sont les deux jambes sur lesquelles Clother essaye d’avancer.
Donc le service qui consiste à essayer avant de payer s’inscrit tout à fait dans cette démarche. La première raison c’est que lorsqu’on est un site qui n’est pas connu, qui propose des marques qui ne sont pas connues et que l’on doit convaincre les gens de tenter l’expérience avec nous, il faut trouver des moyens de les rassurer et d’établir la confiance. C’est rassurant pour les client·es de se dire qu’ils peuvent passer une commande et qu’ils peuvent essayer avant d’être débités. Il m’est arrivé que des client·es ne conservent aucun article de leur commande. C’est un frein en moins, une barrière levée pour essayer quelque chose qui est nouveau et qui n’est pas connu.
Il est vrai aussi que dans la consommation de mode en ligne les taux de retour sont importants car les clients peuvent hésiter sur la taille, la couleur etc. Donc l’idée est de leur proposer de commander les tailles et les coloris qu’ils pourront essayer tranquillement à la maison sans avoir à payer tout de suite pour ces articles et de façon à éviter les aller retours de colis. Dans tout ce que l’on fait chez Clother l’idée est d’avoir une fondation éco-responsable. 
 
Pouvez-vous me parler un peu des autres services que vous avez développés chez Clother?
Toujours autour de la notion de service et de praticité, les retours sont gratuits parce que j’estime que si nous proposons aux gens de pouvoir essayer plusieurs tailles et plusieurs coloris, il est assez naturel qu’ils puissent renvoyer ce qu’ils ne conservent pas sans que cela leur coûte de l’argent.
Nous proposons différents modes de livraison en fonction des besoins des client·es: le « click and collect » pour les gens qui sont aux alentours, la livraison à domicile avec les colis réutilisables ou aussi dans des boutiques partenaires. J’ai tenu à développer un premier réseau de boutiques éco-responsables partenaires chez qui les clients peuvent se faire livrer leur colis, ce qui leur donne la flexibilité des horaires d’ouverture et leur permet aussi de créer un lien de proximité avec ces boutiques qui se trouvent dans leur quartier à deux pas de chez eux.
Un autre point très important en Suisse ce sont les droits de douane; aujourd’hui même s’il existe quelques marques éco-responsables en Suisse il en existe beaucoup plus en France, en Italie, en Espagne ou au Portugal donc une partie de l’assortiment proposé par Clother vient de ces pays là. La spécificité de Clother c’est justement de ne pas être une marketplace donc le stock est déjà basé en Suisse et les démarches de douane sont effectuées par Clother au préalable, ce qui fait que les client·es reçoivent un colis qui vient de Suisse et qui n’est soumis à aucun droit de douane. Et cela implique également des retours beaucoup plus faciles. Donc c’est une grosse plus-value pour les client·es qui ont certainement tou·te·s expérimenté une fois les tracas d’un envoi qui vient de l’étranger.
Une question pratique, si la·le client·e décide de renvoyer son colis par la poste, il·elle reçoit une étiquette d’envoi?
Tout à fait, tout est déjà dans le colis. Soit ils ont reçu leur colis, ils ne gardent pas tout et souhaite renvoyer quelques articles et ils glissent l’étiquette pré-imprimée dans la pochette de devant et dépose le colis à la poste, soit ils gardent tout et le colis se transforme en petite enveloppe pré-affranchie qu’ils n’ont plus qu’à glisser dans n’importe quelle boîte à lettre de la poste et Clother la récupère pour la réutiliser pour d’autres colis. 
 
Vous parliez d’urgence climatique il y a quelques minutes, qu’est-ce qu’il faudrait changer selon vous pour aller plus vite, pour faire en sorte que le monde chemine plus rapidement vers le maintien du réchauffement climatique à 1,5 degrés par rapport au niveau préindustriel? 
Enormément de choses mais au niveau de la mode j’ai entendu la créatrice de Loom, une marque éco-responsable il y a quelques semaines, qui dans une interview expliquait que nous avons été éduqué, embarqué par les grandes marques dans une sorte d’obsolescence programmée du désir et c’est exactement ça, les grandes enseignes proposent 36 collections par an, des changements toutes les 2 ou 3 semaines dans leurs magasins et nous sommes tombés dans cette logique du toujours plus: acheter plus, avoir plus de vêtements dans l’armoire, jeter ou s’en débarrasser toujours plus vite.
Je pense que le coeur de l’action c’est de proposer une autre solution, désirable, plaisante pour les clients et qui réponde à un autre désir, celui d’avoir des beaux vêtements qui sont fabriqués pas très loin de chez soi, dans des belles matières, le plaisir d’acheter une pièce qui va durer plusieurs années, la satisfaction de faire réparer ses vêtements…
C’est cette bascule je pense qu’il faut réussir à faire dans les mentalités. Cela passe par le fait de faire comprendre l’impact désastreux de la mode aujourd’hui et de nos méthodes de consommation sur l’environnement, c’est une étape mais ce n’est pas la seule.
L’autre étape c’est de faire en sorte de proposer des alternatives désirables à ce qui est proposé aujourd’hui et c’est l’idée de Clother avec l’expérience, les services, la facilité, le fait que les vêtements soient beaux, bien coupés, design et au lieu de les garder trois mois et de les revendre en seconde main en se disant qu’on a fait une bonne action, ou pire de les jeter, on les garde 3, 4, 5 ans ou plus parce qu’ils sont faits pour durer. 
 
Dernière question, une tradition de La Mèche, quelle est l’habitude anti-écolo dont vous avez du mal à vous défaire?
La voiture, encore un petit peu trop malheureusement. C’est un dilemme et une discussion perpétuelle dans ma tête, comment je peux faire pour l’utiliser moins! Mais je n’y suis pas encore malheureusement car la flexibilité des horaires, la rapidité, l’infrastructure, les distances que je dois parfois parcourir font que je n’ai pas encore réussi à m’organiser pour m’en passer comme je le voudrais.

 

Merci Benjamin, à bientôt!
Merci à vous!

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Questionnaire de Proust
1 Comment
  • Caris Toyon
    12:10 , 2 décembre 2021

    👏🏼

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